"Notre système électrique doit intégrer plus de digital."

Une réglementation qui ne suit pas l’évolution du marché photovoltaïque français

Ce vendredi 13 septembre 2019 s’achevait la 2e Université d’été ENERPLAN consacrée à l’autoconsommation solaire photovoltaïque. A l’heure où les belles promesses du départ semblent rester lettres mortes (on ne recense que 16 opérations en service en France en matière d’autoconsommation collective et un quasi arrêt des grandes centrales en autoconsommation totale), l’état de la réglementation française quant au développement du solaire photovoltaïque pose question.

Peut-on encore, en 2019, clôturer les dernières périodes d’appels d’offres CRE pour cause de taux de souscription insatisfaisant ? Peut-on encore, espérer croître le parc productif français en donnant pour seul outil aux collectivités, le cadastre solaire, alors qu’elles sont supposées mettre en mouvement la transition énergétique sur leurs propres territoires ?

Nous devons agir et maintenant car les signaux sont là : énième hausse record des températures cet été, menace d’arrêt de cinq centrales nucléaires EDF, hausse des cours du pétrole… Dans le scénario central développé par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la demande énergétique mondiale est appelée à croître de 26,8 % à l’horizon 2040[1].  Nous devons miser plus loin que 2030 et viser au-delà des 32 % d’électricité renouvelable dans le mix énergétique français. La France dispose du 5e gisement d’énergie solaire européen selon le plan « Place au Soleil » du gouvernement. Nous devons exploiter ce potentiel par des mesures incitatives d’ampleur.

Nous devons sortir des rigidités des cadres de soutien qui verrouillent les acteurs dans des logiques d’appels d’offres, ou, pour les particuliers, les verrouillent dans le giron d’EDF Obligation d’Achat. Ce n’est pas le centralisme français qui permettra au solaire et au digital, par nature décentralisé, de prendre son envol en France. C’est la diversité d’acteurs, de solutions, c’est la flexibilité dans la configuration entre (auto-)producteurs, consommateurs, agrégateurs et fournisseurs qui donnera toute sa place au solaire en France.

 

Rapprocher production et consommation en digitalisant nos territoires

Avec une énergie qui se veut de plus en plus décentralisée (lois MAPTAM et la loi sur la transition énergétique), la transition énergétique va devoir être adaptée aux atouts de chaque territoire. Les collectivités locales ont un rôle majeur à jouer dans le rapprochement des lieux de production et de consommation, tout en veillant à une équité entre zones rurales et montagnes, métropoles et villes de taille moyenne.

Le développement des interactions entre les réseaux d’énergie nécessite toujours plus de flexibilité. Le digital en est devenu une composante essentielle. Qu’il s’agisse d’algorithmes permettant d’utiliser les flexibilités des consommateurs pour s’adapter à la production photovoltaïque, du recours à la blockchain pour la certification des garanties d’origine, d’une interface web pour gérer plus facilement la relation client d’un fournisseur d’énergie, ou encore d’un CRM permettant de mieux gérer l’activité d’un artisan, le digital parcourt aujourd’hui tous les champs de la société et de la filière photovoltaïque.

Notre système électrique doit intégrer plus de digital. Or la logique des appels d’offres et des appels à manifestation d’intérêts n’intègre pas la dimension « gestion » de la production d’énergie renouvelable, permettant de gérer les besoins des consommateurs particuliers et professionnels et qui nécessite une dose de digital.

A l’échelle locale, la gestion et le pilotage permettent d’assurer un équilibre en temps réel entre la production renouvelable locale et la consommation sur le territoire de la collectivité. Il faut mobiliser toute la chaîne de valeur et intégrer, dès le départ, les développeurs & exploitants ainsi que les agrégateurs et fournisseurs, qui vont racheter cette électricité solaire pour créer cet équilibre entre la demande et l’offre locales, et le piloter. Une gestion de l’offre et de la demande en temps réel à l’échelle locale.

 

Le programme 4 x 10 d’AuRA Digital Solaire

C’est face à ces enjeux de taille qu’AuRA Digital Solaire se mobilise au travers de son programme 4 x 10. Dans 10 ans, en Région Auvergne-Rhône-Alpes, nous souhaitons 10 GW de capacité solaire installée. Ce qui correspond à un investissement à hauteur de 10 milliards d’euros et des retombées économiques majeures : 10 000 (8 000 à 12 000) ETP sur la partie construction / exploitation / maintenance dont 2 000 à 4000 emplois supplémentaires sur les dimensions digital et fabrication des équipements nécessaires. 

Ce mardi 17 septembre 2019, RTE a présenté son schéma décennal d’évolution du réseau électrique français et annonce que le système électrique français requiert un investissement de 33 milliards d’euros à l’horizon 2035 pour moderniser son réseau dont 3 milliards pour le numérique. Les enjeux vont donc au-delà de questions énergétiques. Elles portent sur les questions d’aménagement du territoire, des mobilités contraintes, de la relocalisation d’activité dans les territoires délaissés et du renouveau productif dans un pays qui ne sait plus créer d’usines[2]Le solaire digitalisé et décentralisé, désormais représenté par une multitude d’acteurs d’une chaine de valeur nouvelle, porte en lui toutes les réponses à ces questions complexes dans un monde en pleine transformation – à condition que les Régions s’en saisissent. La Région est en effet la maille pertinente du futur système électrique résilient et capable d’offrir à moindre coût un approvisionnement électrique propre, sûr, local en tout point du territoire, dans une logique de péréquation optimisée et tenable sur le long terme.

 

Vers une nouvelle forme de service public territorial de l’énergie

C’est la vision d’une nouvelle forme de service public territorial de l’énergie. Au moment où les SRADDET sont en phase de consultation publique, que les S3RENR sont en train de définir les investissements nécessaires pour que les réseaux électriques puissent accueillir la massification d’énergies renouvelables à venir, il est temps de mener une politique régionale nouvelle et ambitieuse pour aboutir à ce nouveau service public territorial de l’énergie,  respectueux de l’environnement et qui sera basé en grande partie sur une énergie solaire photovoltaïque abondante, compétitive, pilotable et accessible à tous.

 


[1] La dimension stratégique de la transition énergétique, avril 2019, Marc-Antoine EYL-MAZZEGA, Carole MATHIEU, Institut Français des Relations Internationales.

[2] Les Echos du 16 septembre 2019 - https://www.lesechos.fr/industrie-services/industrie-lourde/la-france-narrive-plus-a-creer-de-nouvelles-usines-1131843

Claudia Rinzivillo